Retour vers la page d'entrée!

mise à jour :

Interview d’Alan Lancaster

de notre envoyée spéciale en Australie Helen Nickenig

Deuxième partie

(enregistrée le 27 février 2008)

Helen : Bonjour Alan. Merci de nous avoir accordé cette deuxième chance de vous interviewer.

Alan : Il n’y a pas de quoi. Ça ne va pas être radiodiffusé, n’est-ce pas (il rit) ?

Helen : Non, pas du tout.

Alan : Bon, vous pouvez me poser toutes les questions que vous voulez, alors (tout le monde rit).

Helen : Hum… Je vais essayer de voir où on s’était arrêtés… ah oui, celle-là à propos de… Francis a toujours dit que les tournées en France, ce n’était pas facile… avec le public et tout. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça et, si oui, est-ce que vous avez des histoires à nous raconter ? Sur les foules proprement dites… le public ?

Alan : Non, Je ne suis vraiment pas d’accord avec ça… Je veux dire… En réalité, c’est l’Allemagne le pays le plus dur pour les performances live. Le Quo était tout à fait un groupe recherchant la ‘participation du public’, alors que de nombreux groupes étaient plutôt du genre ‘super cool’ à cette époque. Le public s’asseyait et, en quelque sorte, se plongeait juste dans la musique… pour ainsi dire… mais ne participait pas activement. Nous, on encourageait le public à participer activement, mais c’étaient les allemands les plus durs à faire bouger.  Je pense que ça a été quelque chose de tout à fait nouveau en Allemagne quand ils ont effectivement commencé à s’impliquer activement et à laisser tomber la ‘super-cool attitude’, comme les britanniques et tous les autres. Ça représentait un gros changement en Allemagne. Ouais, une fois qu’ils ont capté ce que c’était vraiment que le Quo, tout a changé. C’est pour ça que, quoi qu’il en soit, les publics allemands ont été les plus durs dans les premiers temps. Ils sont devenus plus ouverts, ils se sont désinhibés quand ils ont réalisé qu’on était ‘réglo’ (On The Level), qu’on restait naturels – et c’était ‘cool’ (Alan rit bruyamment). Les publics français étaient aussi un peu réservés au départ, mais ils étaient aussi très réactifs. Ce que Francis veut peut-être dire, c’est qu’à nos débuts, quand il n’y avait pas encore de téléphones mobiles, de faxs et ce genre de choses, l’alimentation électrique semblait être incompatible avec nos matériels son et lumière. C’était bizarre en France… vous savez, je prenais toujours des “coups de jus” avec les systèmes électriques… ça sautait tout le temps. J’étais légèrement désorganisé sur le plan du “live”. Les allemands ont semblé passer par une phase de retournement complet, mais les français ont toujours été bien sur le coup… des foules impressionnantes.

Helen : Puis-je vous demander ce que vous faites au plan professionnel en ce moment ?

Alan : Pas grand-chose parce que, comme vous le savez, j’ai eu mal à une main pendant quelque temps. C’est un de ces ‘trucs’ qui, je trouve, vous empêchent de jouer correctement. Ça a été très frustrant mais, comme vous le savez, j’ai fait pas mal de choses dans le business de la musique au cours de ces dernières années, alors ça m’a occupé la majeure partie du temps.

Néanmoins, professionnellement, j’ai fait des trucs par-ci par-là avec les Party Boys, comme vous le savez. Je n’ai pas fait d’enregistrement à proprement parler, mais je viens juste d’écrire une nouvelle musique pour l’AFL, la ligue de football australien, que je vais produire.

Helen : Ça, c’est intéressant !

Alan : J’en suis assez content, en fait, mais pour l’instant, je n’en suis qu’au stade de la démo. Alors je suis en train de regarder quelle serait la meilleure façon de la produire. Je me suis également intéressé à mon fils, David. Il vient juste de mettre la dernière main à un super album rock. Des trucs comme ça. Donc, en quelque sorte, j’occupe un peu moins les places de devant, maintenant. J’écris toujours, mais je ne publie plus trop ces temps-ci… parce que je n’ai plus mon propre groupe. Ça coûte un tas d’argent de faire de la musique. Ça ne sert à rien de produire de la musique, ce qui est très coûteux en temps et en argent, rien que pour la laisser dormir sur une étagère. Donc je ne fais pas grand-chose professionnellement sur la scène musicale, mais j’en fais suffisamment pour que ça me tienne occupé.

Helen : Paul, je te laisse poser la question suivante.

Paul : Au début des années 90, votre collaboration avec Angry Anderson a pris fin alors que vous étiez en train de travailler sur certains projets avec lui. Pourquoi cela ?

Alan : Eh bien… les Party Boys n’étaient ensemble que depuis 3 seulement, mais le succès était tel dans ce pays, on drainait de grosses affluences, sans sortir le moindre produit, alors on a décidé d’enregistrer. J’ai produit un single : ”He’s Gonna Step On You Again”, mais à ce moment-là, justement, Angry Anderson venait de se voir offrir un contrat avec Kevin Beamish pour produire un album de Rose Tattoo, alors il a quitté les Party Boys. Il aurait été sur “He’s Gonna Step On You Again” autrement, mais il est parti et John Swan nous a rejoints. 

Angry Anderson a bien fait un album, mais je crois que cet album-là n’a pas été une réussite pour Rose Tattoo… c’était… du genre… un producteur qui arrive et qui change entièrement le concept de Rose Tattoo. Il était bizarre, cet album. Ça n’avait rien du tout à voir avec Rose Tattoo. C’était juste comme si le Quo… vous savez, comme… si on fait venir un producteur extérieur pour faire un album de Status Quo et au bout du compte ça ne ressemble pas à du Status Quo. C’est ça qui est arrivé à Angry Anderson.

Il n’y a pas eu la moindre dispute. C’est juste qu’il fallait qu’il fasse un album de son côté et que moi, j’étais sur le point de faire un album, ou au moins un single, pour les Party Boys… et ça a été la toute première sortie studio pour les Party Boys.

Paul : Il a été n° 1 en fait, n’est-ce pas, n° 1 en Australie ?

Alan : Malheureusement, il n’a pas marché en Angleterre… je n’ai pas compris pourquoi… parce qu’on affichait un profil haut à l’époque et j’étais allé là-bas faire la promotion.  Je n’en comprendrai jamais la raison…mais c'est comme ça… ça arrive ces choses-là.

Quoi qu’il en soit, il a été disque de platine en termes de ventes et je crois qu’il s’en est vendu plus d’exemplaires rien qu’en Australie, que ce que le Quo a vendu en Angleterre.

Paul : Oui, c’est vrai.

Alan : Il s’est aussi vendu à l'étranger, mais le gros des ventes s'est fait ici, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Paul : OK, voyons, quel type d’équipement utilisiez-vous durant votre période avec le Quo et qu’est-ce que vous utilisez maintenant ?

Alan : Eh bien, comme vous le savez, j’avais l’habitude d’utiliser la Mustang tout le temps… J’avais les cordes très hautes, de façon à pouvoir attaquer vraiment dur sans que ça ‘frise’. Au bout de quelques années, je me suis mis aux basses lourdes à manche acier, comme la Travis Bean et la Kramer. Au début,

j’utilisais du matériel H & H, mais c’était principalement des enceintes à 4 haut-parleurs de 12’’ (30 cm), de chaque côté de la scène. Roland avait développé une config basse pour moi à la fin des années 70 et je m’en suis beaucoup servi… J’étais vraiment bien équipé. Il y a beaucoup de bassistes qui relèvent le niveau de sous-grave dans leur son, mais moi, au contraire, je le réduis. La basse délivre une onde si intense que ça peut voiler les notes… alors moi j’enlevais l’infra-grave et je restais ‘dans le haut’ sur scène, pour obtenir ce son “gunk” sympa. Comme ça on pouvait effectivement entendre chacune des notes de basse. Si on ajoute trop de grave, on n’obtient qu’une bouillie de son distordu et les guitaristes ne s’entendent plus jouer ou quoi que ce soit. C’est un phénomène étrange, mais j’ai compris tout ça il y a bien des années.

J’étais quelque peu inquiet pour le concert de l’autre soir (Alan parle du Bon Scott Concert du 24 février) parce que ce n’était pas mon matos et que je me demandais comment le matériel avait été configuré pour moi. J’aime bien coller à la batterie et je règle mon matériel un peu plus ‘dans le haut’ parce que, lorsque le public emplit la salle, le niveau de pression acoustique évolue, le son se réchauffe et les basses deviennent lourdes. À part ça, le son que j’utilisais était tout à fait simple et direct. Le secret pour moi, c’était d’avoir les cordes très hautes et de frapper les cordes plutôt que de les caresser… Je les attaquais fort, plutôt dans le genre Slap-bass, mais avant que le Slap soit inventé..(Alan rit).

Helen : Et vous avez changé, maintenant ? Lors du concert, par exemple, qu’est-ce que vous avez utilisé ?

Alan : J’y ai utilisé ma basse Mustang, oui, parce qu’elle est légère et que mes autres basses sont super lourdes. C’est à peine si je peux les soulever en ce moment. La Mustang, en général, elle permet de faire pratiquement tout. C’est assez marrant, mais la plupart des gens préfèrent le son de la Mustang à n’importe quoi d’autre. Ils me demandent toujours de me servir de la Mustang. Pour ce qui est d’enregistrer, je suis plus tenté d’utiliser la Travis Bean ou la Steinberger.

Paul : J’allais vous demander pour la Steinberger… Je vous ai déjà vu jouer avec la Steinberger.

Alan : J’ai fait faire un corps spécial pour celle-là, le même que la Travis Bean, et c’est très très difficile de la soulever… c’est une basse très très lourde… extrêmement lourde.

Helen : Est-ce que vous diriez que le fait de vivre en Australie… le mode de vie australien a eu une influence sur vos compositions ?

Alan : Hum… pas vraiment. Je suppose que oui dans un sens, parce que, vous savez, on fait l’expérience de tout ce qui nous entoure. La plupart de mes compositions, je les écris parce qu’il y a une raison, parce que je veux le faire. À l’évidence, si tu es enfermé au fond d’une petite chambre quelque part, plutôt qu’assis devant l’océan… sur un petit yacht, je me doute que ça doit t’influencer à écrire quelque chose de différent.  Donc je suppose que ça a quelque chose à voir avec l’environnement. De toute façon, ça dépend de ce que tu veux faire. Il te vient une idée en tête de ce que tu as envie de faire. Écrire, je n’aime pas particulièrement ça, à moins d'avoir une bonne raison pour le faire. Ce que j’écris pour le plaisir, je vais le ‘mettre de côté’ et il se peut que je le ressorte plus tard. Mais, en général, il me faut une bonne raison pour écrire, sans quoi je considère ça comme une perte de temps.

Paul : Et est-ce qu’il y a beaucoup de chansons que… vous savez, en remontant des années en arrière, que… comme vous dites… vous avez en quelque sorte déjà écrites et peut-être mises de côté… vous savez comme on dit, genre… les “enregistrements perdus” et les trucs comme ça… est-ce qu’il y a beaucoup de choses de ce genre qui traînent ?

Alan : Il me semble que c’est probablement moi qui ai les derniers des trucs qu’on a faits. Rick et moi, on s’était attelés à quelques chansons juste avant que je sois éjecté du groupe. Il y en avait une bonne intitulée “That’s all I Gotta Say” qui aurait dû être un titre de l’album Quo, mais on ne l’avait pas finie quand j’y étais encore. Maintenant, elle est terminée mais il manque toujours la batterie définitive. Elle sonne pas mal.  Je dois en avoir probablement une demi-douzaine ou quelque chose comme ça, des chansons que vous n’avez jamais entendues…
Je n’ai jamais eu l’occasion d’en faire quoi que ce soit. Vous savez… qu’est-ce que j’en ferais ? J’ai donné quelques cassettes aux fans au fil des ans, mais ils les ont probablement perdues, je suppose… mais moi je les ai encore. Je vais mettre tout ça sur un site Web un de ces jours, très bientôt (Alan rit).

Paul : Bien dit… c’est ce qu’il faut faire. Si on parlait de la musique du 21ème siècle ? Qu’est-ce que vous aimez et qu’est-ce que vous écoutez maintenant ?

Alan : C’est assez marrant, mais il y a tant de choses à écouter que c’est dur de trouver quoi que ce soit que j’aime vraiment, vous savez. Il y a des trucs fantastiques, mais il y en a beaucoup aussi qui sont ‘fabriqués’ et dépourvus de ‘feeling’. Quand j’aime quelque chose, c’est juste pour ce que c’est. J’ai l’impression de ne pas établir de relation avec l’artiste, vous savez… avec ce qu’il a dans le cœur et dans la tête.

Alors, même lorsque j’aime bien certains trucs, ça ne me passionne pas beaucoup, si vous voyez ce que je veux dire. Je me dis : “C’est vraiment bien fait et c’est vraiment bien produit”, mais je ne le... disons… je ne le prends pas à cœur. AC/DC est probablement toujours mon groupe rock préféré… il sont restés authentiques… ils n’ont pas laissé tomber leurs flingues et ils font ce qu’ils font… aussi simple que ça,et… qu’est-ce qu’on a d’autre… hum...

Paul : Et Airbourne, vous avez entendu parler de Airbourne ? C’est un groupe du genre… qui rêve de suivre les traces d’AC/DC. Est-ce que vous avez déjà entendu Airbourne ?

Alan : Il me semble que je les ai entendus, mais ça ne m'a pas fait une grosse impression. L’un des meilleurs groupes des années 70, c’était le Bullet Band. Bob Seger et le Bullet Band… en live… c’était l’un des rares groupes à pouvoir vraiment suivre le Quo tout à fait bien. Il n’y avait pas beaucoup de groupes qui pouvaient passer après nous. Ils étaient très bons… un excellent groupe… voyons voir… il faudra que je revienne sur celle-là (rires)…

Helen : Bon, on pourrait vous demander… on pourrait continuer… en ce qui concerne les groupes australiens… vous avez de bons groupes australiens à recommander ?

Alan : Ouais, les Brewster Brothers.

Helen : Ah oui… les Angels ?

Alan : Eh bien… les Angels, pas autant… les Angels sont un super groupe… jusque là, si vous voulez. Je crois qu’ils se remettent ensemble avec Doc Neeson, mais les Brewster Brothers, en particulier avec Rick et John Brewster, ils sont super. Vous avez écouté leur album ?

Helen : Non.

Alan : Il est fantastique !

Helen : Bon, alors il faut absolument que je me l’achète avant de rentrer.

Alan : J’en ai acheté environ une dizaine l’autre jour. Je les trouve fantastiques. J’adore ce qu’ils font. Même les fondus sont faits artistiquement. C’est Dylanesque, il y a quelque chose de Dylan là-dedans… Je le mets au niveau de “Dark Side Of The Moon”.

Paul : Oh, vraiment !

Helen : Eh bien, c’est une sérieuse recommandation !

Alan : Ouais, vous savez… c’est parce qu’il y a ce feeling… c’est du vrai bon.

Helen : Comment s'appelle-t-il... comment s’appelle l’album ?

Alan : Shadows Fall… ce n’est pas comme… un album de heavy metal… c’est du rock… mais c’est comme… c’est du rock acoustique, du « guitar rock », vous savez… deux guitares… une basse… et quelque chose d’autre.

Paul : Une batterie ? (en riant)

Alan : Une batterie, oui (il rit également). Ils font partie de mes préférés du moment.

Paul : OK, alors, pouvez-vous me dire quelles sont les raisons pour lesquelles Quo n’a pas fait de tournée du tout en 83 ?

Alan : En 83 ? Bon, il faut se rendre compte qu’en novembre 81, on venait juste de commencer l’album 1982… 1+9+8+2… puis John a été ‘poussé dehors’. Il a été à moitié viré. Ça nous a pris beaucoup de temps pour nous en remettre. On a enregistré l’album, ce qui nous a emmené jusqu’en 82. Il est sorti vers le milieu de l’année 82, n’est-ce pas ? Et puis il y a eu le truc du Prince Charles et tous les événements ‘live’. On n’avait pas le temps. Avant même qu’on sache où on en était, la fin de l’année était arrivée, et il fallait qu’on prépare et qu’on commence à réaliser l’album Back-To-Back. Alors, on n’avait que très peu de temps pour, en quelque sorte, mettre les choses au point. John n’était pas vraiment parti. Il était toujours partenaire à part égale du groupe, mais il ne participait pas. On faisait des tas de choses, mais la priorité, c’était bien sûr de faire l’album. En 1983, on a fait l’album Back To Back sur l’île de Montserrat. On l’avait pas mal repoussé et il avait été très difficile de ‘se rassembler’. Ce n’était pas la bonne atmosphère, vous savez… à se balader sur la plage, se faire servir par les autochtones, etc… Tout ça, c’est enseveli sous la lave volcanique, maintenant.

Paul : Fantastique !

Alan : C’était fantastique pour des vacances, mais pas pour…

Helen : Pas pour le boulot.

Alan : Bien sûr, à cette époque-là, je me suis payé une intoxication alimentaire et je me suis fait balayer par une vague de 3 mètres de haut ; je suis sorti de la mer entièrement couvert de sang, et en plus j’ai attrapé la fièvre. J’ai cru que j’allais mourir. Je suis resté cloué dans ma chambre pendant environ dix jours, aux soins, avec toutes mes ecchymoses… l’intoxication alimentaire, tout ça… C’est normal qu’on n’ait pas beaucoup tourné en 83.

Paul : Je voudrais vous demander… à propos d’une chanson, là, que vous avez écrite… Ol’ Rag Blues”. C’est une de vos chansons et, au départ, c’était vous le chanteur solo sur ce titre… vous teniez la partie chant sur Ol’ Rag Blues, mais lorsque le titre est effectivement sorti en single, il est sorti avec Francis au chant…

Alan : Oui. À cette époque-là, les compositions se tournaient vers le style pop… il y avait cette volonté d’écrire pour l’Amérique, qu’on nous imposait pratiquement. Je veux dire, même notre manager, Colin Johnson, m’a téléphoné alors que j’étais en Australie pour me dire : “Oh, j’ai entendu une super chanson, ça s’appelle Gloria”…

Mais pas Gloria par Van Morrison… c’était Gloria par Gaynor (Alan chante… Glor.i.a Glor.i.a… en rigolant)… il m’a dit : “Il faut commencer à écrire des trucs comme ça”. Je n’en croyais pas mes oreilles, mais je me suis dit, bon, peut-être que c’est moi, peut-être que c’est ça qu’il faut qu’on fasse, peut-être que c’est ça le truc maintenant. Et bien sûr, tout d’un coup, tu te lances dans l’écriture de concepts plus ‘pop’. Je me suis mis à écrire des trucs vraiment affreux après ça. Ce n’était pas bon pour le groupe. C’était vraiment surprenant de la part de Colin Johnson parce que lui, ce qu’il aimait vraiment, c’était plutôt le genre… le Quo bluesy pur et dur, vous savez. C’était ça qui le ‘branchait’.  C’était quoi la question, déjà ?

Paul : Oh, hum, le fait que Francis tienne la partie chant sur…

Alan : Il voulait juste la chanter… mais moi je… eh bien, ça m’a fait… bon… je le laissais chanter une bonne partie des morceaux mélodiques… parce que je pensais qu’il était meilleur pour ça que pour les trucs bluesy que j’écrivais, mais je m’étais dit que pour Ol’ Rag Blues, il fallait une sonorité vocale plus grave pour lui donner un côté plus hard. Je ne pense pas que quiconque ait jamais vraiment entendu le mixage que Rick et moi on avait fait. Francis n’est pas venu pour le mixage, mais il est entré en studio et il l’a remixée avec sa voix dessus, sans qu’on le sache. Tout le monde semble penser que c’était un truc de la maison de disques, mais en fait, la maison de disques n’avait rien à voir là-dedans. Quand un single était proposé, ils disaient… ouais, on va faire ça ou quoi que ce soit… ou on a bien envie de faire ça, mais c’était nous qui étions aux commandes tout le temps… pas la maison de disques. Ol’ Rag Blues a été présentée à la maison de disques avec sa voix dessus. Ils n’ont pas aimé le mixage, alors Colin Johnson, notre manager, m’a envoyé les bandes, pour que je la remixe en Australie avec la voix de Francis dessus. J’ai donné les masters à Francis pour qu’il s’en occupe mais, comme par hasard, il les a perdus . Par conséquent, la seule chose qui reste, c’est un acétate du mixage.

Paul : Et, pour poursuivre dans le même ordre d'idées, ont dit souvent que… la rupture du Quo… qu’un facteur qui y a contribué pour beaucoup, c’était… votre déménagement en Australie, mais vous étiez déjà en Australie depuis de nombreuses années avant cela.

Alan : Eh bien, je suis arrivé en Australie en septembre 1979. Cette année-là, on avait conclu notre plus gros contrat jusque là avec une maison de disques. En décembre 1982, quand j’ai été vraiment bien installé, on a signé un nouveau contrat qui était encore plus gros. Aucun label ne va vous payer des millions de livres pour faire des disques si ça ne va pas bien dans le groupe. Moi, j’étais en Australie, Rick était en Allemagne et Francis passait pas mal de son temps en Irlande. Le groupe était différent, alors. Ce n’était pas comme… oh, vous avez besoin d’appeler le groupe et de le réunir en cinq minutes. C’était planifié des mois et des mois à l’avance.

Interviews, photos, presse, radio et télévision, tout cela se fait pendant que vous préparez une tournée… ou pendant la tournée. Alors, ça ne faisait rien. J’ai passé moins de temps en Australie qu’au Royaume-Uni. Ce n’est qu’après le concert de Live Aid, après que le groupe se soit dissout, que j’ai passé beaucoup de temps en Australie. Mais jusqu’en 85, je passais plus de temps au Royaume-Uni.


Paul : Et un autre avec la vidéo de RAOTW…

Alan : Oh non, ça c’était prévu. C’était un truc du genre publicité. Top Of The Pops, c’était en playback. On a toujours considéré le playback un peu dédaigneusement.

Paul : Oh, pour le mannequin…

Alan : Eh bien ça, c’était totalement prévu. Tout ça, ça s’est fait… c’était un truc… enfin...

Helen : C’était juste pour rire, en fait...

Alan : Juste pour rire, ouais.

Helen : Mais il y a des tas de gens qui en ont fait des tonnes à propos de cette histoire...

Paul : Ils ont toujours dit… ben non, on a téléphoné à Alan et il ne pouvait pas venir.

Alan : J’ai eu de gros démêlés avec la justice pendant dix-huit mois, on était en tournée et il fallait que je prenne l’avion de France, d’Allemagne ou de n’importe quel autre endroit où on se produisait, pour me présenter au tribunal à 10h00 le matin, tous les jours. Quand je suis arrivé en Australie pour me marier, je me suis dit : “Oh, il faut que je fasse cette vidéo, mais je ne peux pas annuler le mariage encore une fois” (tout le monde rit). Je l’avais déjà annulé deux fois pour le Quo. C’est là que l'idée d’une marionnette s'est matérialisée. C’était un peu la copie de ce qu’avaient fait les Faces, qui avaient eu une idée semblable pour Ronnie Lane. Le groupe s’est bien entendu la majeure partie du temps. Il y a beaucoup de choses qui ont été dramatisées et exagérées au fil des années.

Il était hors de question que l’un d’entre nous manque quelque chose. Personne ne voulait renoncer à quoi que ce soit. C’était tout simplement impensable. Je me suis rendu de Sidney en Allemagne juste pour une journée, pour faire une émission de télévision. Et j’ai aussitôt pris un avion dans l’autre sens - je n’ai même pas eu le temps de souffrir du décalage horaire.

Helen : Eh bien, vous n’avez même pas dû réaliser que vous y étiez allé et en étiez revenu… (en riant).

Alan : Tout à fait. Mais on ne voulait rien manquer de notre truc. Vous savez, c’était très surveillé.  Alors, dire que je n’avais pas voulu prendre l’avion pour venir, c’est de la plus pure absurdité.

Paul : OK… hum… pourquoi, après Blue Eyed Lady, Backwater et Drifting Away, n’y a-t-il plus eu d’autres compositions Parfitt/Lancaster entre 75 et 84 ?

Alan : Il y avait pas mal de compétition à l’époque. Comme je l’ai dit, Francis changeait de partenaire d’écriture tous les deux ans :d’abord Rick, ensuite Bob et après Bernie Frost.

Alors Rick et moi, on a commencé à écrire tous les deux. Lorsqu’on a écrit pour l’album Quo, ce n’était pas facile parce que tout ce qu’on avait de Bob et Francis, c’était Fine Fine Fine et Slow Train. Après, Rick a commencé à écrire avec Bob. Et puis Francis et moi, on a commencé à écrire ensemble. C’était juste « on coupe et on réorganise ».

Helen : Il y a une question, là, à propos de l’album “Quo”. Vous chantiez quatre chansons sur cet album… de jolies chansons…

Alan : Ah bon, il n’y en avait que quatre ?

Helen : Eh bien, oui.

Alan : Bon, ils voulaient chanter sur absolument toutes les chansons... (rire).

Helen : Eh bien, c’est ça la question, vous voyez. A-t-il jamais été envisagé que Parfitt ou Rossi chantent ces chansons ?

Alan : Eh bien, pas tant que ça pour Rossi parce que, comme je l’ai dit auparavant, c’était toujours les trucs mélodiques que j’écrivais que je préférais voir chantés par Rossi. Il n’a jamais vraiment été question que Francis chante sur ces titres, à part pour Break The Rules, parce que je me disais qu’elle lui convenait bien. Donc il n’y a pas eu de dispute à propos de ça, mais Rick s’est essayé sur chacun de ces titres avant que je les chante. Pour une raison ou une autre, ils ne lui ont pas convenu. Bien entendu, comme c’était moi qui avais écrit les paroles et les mélodies, je les avais déjà répétées et je les connaissais à fond. Rick, il a écrit les riffs et tout le reste.

Paul : Et pour Who Asked You, quel… hum… a-t-elle jamais été jouée en live ? …Who Asked You ?

Alan : On doit l’avoir faite... une fois ou deux… Il faudrait que je vérifie ça.

Helen : Quel est votre meilleur souvenir de concert, ou le concert le plus spécial, avec le Quo ?

Alan : Live Aid.

Helen : (surprise) Ah bon ?!

Alan : Ouais, bon, non… hum… je dirais… Milton Keynes, mais c’était sans John. Live Aid… il n’y avait pas John, mais ç’avait été un super moment.

Helen : Et à vos débuts ?

Alan : Hum...

Helen : Je sais ce que je veux vous entendre dire, mais vous ne le dites pas… manifestement (Helen rit).

Alan : Oh ça… oh, celui-là, c’était sans aucun doute… parce qu’on enregistrait un album live (Paul et Helen rient).

Paul : (en riant) Ce public de Glasgow !

Alan : La plupart des concerts qu’on faisait avaient quelque chose de spécial. Les gens de Glasgow étaient toujours prêts pour le rock, ouais, ça c’est sûr, mais partout où tu allais, il y avait le même type d’énergie. C’est juste que le public écossais est un peu plus agressif que les autres, ce qui fait que sa passion est plus prononcée. C’est pour ça, je suppose, qu’on a enregistré à l’Apollo. Ouais, ça c’en était un mémorable. L’Apollo était une de nos salles préférées, c’était un concert très spécial.

Helen : Bon, je suppose que vous avez fait tant de concerts spéciaux que c’est difficile de vraiment…

Alan : Ouais, mais c’est vrai qu’à l’Apollo, c’était vraiment spécial. Au Hammersmith aussi, c’était toujours spécial. C’était vraiment juste la bonne taille pour un groupe rock. Wembley, c’était quand même un peu trop grand. On se sentait mieux dans les salles de 10 à 15 mille places qu’à Wembley. Earls Court, c’était un concert spécial pour moi. C’est celui qu’on a fait avec Jimi Hendrix, non ?… Queen… les Small Faces…. comme… ils sont tous morts maintenant. Mais le plus mémorable de tous, c’était vraiment Live Aid. Je crois que c’est le plus gros concert qu’on ait jamais fait – et Milton Keynes, parce que c’était mon dernier concert avec le Quo au complet.

Paul : Oui, tout à fait.

Alan : Celui du Prince Charles, c’était très spécial…

Paul : Au NEC… ouais.

Alan : La puissance de ce concert, c’était incroyable. ABSOLUMENT TOUT LE MONDE était debout sur son siège et gueulait : “CHARLIE”… comme ça. Même le Prince Charles a dit quelque chose du genre : “Comment faire pour capter cette puissance ?” On pouvait voir qu’il était ému. Il y avait un tel BRUIT. Ça m’a fait quelque chose, celui-là. C’était vraiment très spécial.

Helen : Bon, à moins que Paul ait quelque chose d’autre à vous demander, je pense qu’on a fini... mais je voudrais vous demander quelque chose, Alan. Vous voulez bien adresser un bref message à Bruno et aux gars de l’Association Quo France ? Je suis sûre que ça leur ferait vraiment plaisir.

Alan : Salut Bruno. C’est Alan Lancaster, là… du Quo. J’aimerais te remercier pour tout ton soutien depuis tant d’années. Merci beaucoup, mon gars, pour ton soutien, et à l’Association Quo France… pour tout leur soutien, aussi !

Fin

Haut        Retour

Francis Rossi aka Frame or the Gomor Rick Parfitt aka The Womor Alan Lancaster aka "Nuff" John Coghlan aka "Spud" Roy Lynes Andrew Bown Pete Kircher Matt Letley John "Rhino" Edwards Jeff Rich Bob Young Leon Cave the new boy 2013 Paul Hirsh