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Interview d’Alan Lancaster

de notre envoyée spéciale en Australie Helen Nickenig

Première partie

Samedi 23 février 2008

(assis au bord de la piscine de l’hôtel)

Alan : Alors, que vouliez-vous me demander ? (il sourit)

Helen : Eh bien, tout d’abord, je voulais vous dire « hello ».

Alan : Hello.

Helen : Et vous demander comment ça va.

Alan : Ça va bien... autant qu’on peut l’espérer.

Helen : Je tenais aussi à vous remercier, au nom de l’Association Quo France, de nous accorder cette interview !

Alan : C’est toujours un plaisir, Helen.

Helen : Merci !

Alan : Est-ce qu’on va enregistrer pour que ça paraisse sur le… ou bien est-ce que… ?

Helen : Sur le site Web, ça va paraître sur le site Web.

Alan : Et pour l’enregistrement ?

Helen : Eh bien, on va l’écrire.

Alan : Oh, ok.

Helen : Bon, alors première question. Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit lorsque vous pensez à la France ? Quel est votre souvenir préféré de vos tournées en France dans les années 70 ?

Alan : Mes plus anciens souvenirs de France, c’est… (arrivent des clients plutôt bruyants)… Vous voulez qu’on aille ailleurs ? Peut-être qu’on devrait ?

Helen : Oui, je crois qu’il vaut mieux.

Alan : (la conversation se déroule maintenant dans la chambre d’hôtel d’Alan) Alors, mes plus anciens souvenirs de France ?

Helen : Oui, vos souvenirs de France.

Alan : Eh bien évidemment, l’époque où on faisait les grandes tournées, tout ça ce sont de bons souvenirs. Les concerts avec Slade, l’Hippodrome de Paris… c’était bien l’Hippodrome ? On y jouait, là-bas ?

La porte s’ouvre et Dayle, la femme d’Alan, entre et lance « Salut, désolée ». Elle est surprise de nous trouver dans la chambre.

Alan : (s’adressant à Dayle) « On est montés ici parce qu’il n’y avait pas moyen d’avoir la paix en bas ».

Dayle : « Heureusement que j’ai rangé mes petites culottes, alors » ! Tout le monde rit.

Alan : Les tournées en France, c’était toujours super. À nos débuts, on tournait avec Slade. C’était des bons potes à nous. Mais mes plus anciens souvenirs de France, mes meilleurs souvenirs, en fait, datent d’avant qu’on ait été connus. C’était quand j’avais environ dix-sept ans ; on se déplaçait dans un vieux fourgon Thames qui appartenait à notre manager. On avait besoin d’une autorisation de sortie du pays, parce qu’on était trop jeunes pour travailler à l’étranger.

On avait des engagements à Lyon et à Avignon et notre groupe s’appelait les Spectres. Il y avait juste moi, Roy, Francis et John à l’époque. Je me souviens toujours qu’on conduisait pendant des heures et des heures.  Roy et moi, on était les seuls qui sachent conduire.

Je me souviens de tous les flippers et des petits hôtels dans lesquels on descendait. Je me souviens de la petite église à Avignon et du parc où on allait se promener. C’est de ces jours-là que je me souviens le mieux. Je me souviens de St.-Tropez en hiver : on nous servait des moules, on était tout seuls dans ces tout petits restaurants ; il faisait un froid de canard, mais le soleil brillait. J’ai des tas de bons souvenirs de France.

J’ai dû rouler là, vous savez, sur ces rocades, pendant des siècles. Je faisais des ronds autour de moi-même. Je me souviens encore quand on est rentrés à Londres et qu’on a partagé l’argent. Ça nous faisait six shillings et huit pence chacun… (Helen rit)… c’est tout ce qu’on avait gagné. Mais c'était le bon temps. Ça nous a, en quelque sorte, soudé en tant que groupe. C’étaient nos racines. C’est comme ça que ça a commencé entre nous. On ne savait pas trop à quoi s’attendre quand on nous embauchait pour jouer dans les petits pubs. C’est comme ça qu’on a plus ou moins commencé à gagner notre vie, je suppose. Comme vous le savez, quand on est sur des grosses tournées, la plupart des villes se ressemblent parce que c’est toujours aéroport… hôtel... concert… hôtel...

Helen : On n’en voit pas grand-chose.

Alan : Non, on n’en voit pas grand-chose… mais en ce temps-là, avant de prendre véritablement toute notre dimension, on a pu pas mal découvrir la France.

Helen : Et c’était vous qui conduisiez ?

Alan : Eh oui, c’était vraiment moi qui conduisais. Le fourgon n’avait que trois vitesses : première, seconde et troisième, plus une marche arrière. Par contre, la troisième fonctionnait uniquement toute seule, indépendamment de la première et de la seconde, tandis que la première et la seconde ne fonctionnaient de leur côté qu’indépendamment de la troisième. Donc, si on voulait aller vite, il fallait pousser le fourgon de façon à ce qu’il prenne suffisamment de vitesse pour pouvoir passer la troisième. On pouvait rouler pendant des heures, mais s’il fallait s’arrêter, Roy devait sortir, passer en dessous du fourgon et changer les vitesses à la main (il était mécanicien).  Mais quand on est arrivés à Paris et qu’on a remonté les Champs Élysées, vous savez, cet énorme… (en regardant Helen)

Helen : Oui, oui, oui

Alan : …rond-point, j’étais – oh non ! – j’étais en troisième. J’ai prié pour que les flics ne nous arrêtent pas, mais bien sûr, c'est ce qu'ils ont fait. On a tous dû sauter hors du fourgon et le pousser pour qu’il prenne de la vitesse. Les flics nous ont sifflé (rire général). On s’est arrêtés et on leur a expliqué qu’on n’avait rien d’autre que la troisième et qu’il fallait bien qu’on monte la pente. Alors ils ont complètement stoppé la circulation sur les Champs Élysées, pour nous permettre de prendre de la vitesse et finir la montée. Mais on n’y arrivait pas, alors on est tous descendus du fourgon (Alan rit maintenant) et on s’est mis à le pousser. Les policiers formaient une longue file, ils jouaient du sifflet, et nous on a dû redescendre l’avenue. Après, Roy a passé un couple d’heures à essayer de changer de rapport de boîte, de façon à ce qu’on puisse poursuivre notre trajet.

Helen : Bien, j’ai une autre question, là, à laquelle… vous avez en fait déjà répondu
(je veux dire avant qu’on débute l’interview)… mais je vais vous la reposer quand même. Qu’en est-il de ton surnom, « Nuff » ? Quand est-ce qu’on vous l’a donné, exactement ? Bruno tenait à ce que je vous la pose.

Alan : C’est à Lyon ou en Avignon que le public m’a surnommé “Nuff” parce que j’ai le nez retroussé.

Helen : Alors c’était à cause de votre nez ?

Alan : À cause de mon nez.

Helen : Et c’était une expression française ?

Alan : L’expression française (avec l’accent français) neuff neuff (rires). Je crois que c’est comme ça que fait le cochon ou, vous savez, ce genre de petit cochon en peluche.

Helen : Alors c’est en France qu’on vous l’a donné ?

Alan : Ouais, mais... hum… après les gars ont continué, vous voyez.

Paul : Et ça vous est resté, pas vrai ?

Alan : Ouais, ça m’est resté, en tout cas pour eux c’est resté (Alan et Paul rient).

Alan : Je ne l’ai jamais vraiment aimé mais, bon, je n’y ai jamais fait vraiment attention.

Helen : Eh bien, tout le monde vous connaît sous le surnom de “Nuff” (tous les trois acquiescent en riant).

Paul :  Si vous faisiez toujours partie du groupe, comment jugeriez-vous certains albums récents tels que Under The Influence ou Heavy Traffic ?

Alan : Eh bien, je n’en ai pas entendu grand-chose, pour être honnête. Juste quelques bribes au moment où ils sont sortis, mais je n’arrive pas à écouter au-delà des quelques premiers accords. C’est un type de musique différent. On dirait de la musique de foire.

Paul : Comme de la musique industrielle…

Alan : Vous savez, c’est juste mon opinion. Je sais qu’il y a probablement des tas de gens qui aiment ça, mais moi, ce n'est pas ma tasse de thé. Je sais qu’on a fait pas mal de trucs bizarres quand je faisais partie du groupe, mais, pour une raison ou une autre, ça avait un autre ton. Au moins, c’était naturel.  Ce n’est certainement pas le type de… le style de musique Status Quo dont je…

Helen et Paul : Quand vous en faisiez partie…

Alan : …j’étais responsable.

Paul : Bon, à partir de là, quel est d’après vous le meilleur titre dans lequel vous ayez été impliqué… avec le Quo ?

Alan : Principalement les trucs en live… Le Quo a toujours été un groupe spécialiste du live et les albums studio ont toujours été inférieurs. On n’était pas vraiment un groupe fait pour enregistrer. Quand on entrait en studio, on jouait en live mais, bien entendu, ça ne pouvait jamais avoir la dynamique d’une véritable interprétation sur scène, face à un public. Même si on y mettait tout ce qu’on avait, en studio, ce n'était jamais aussi bon qu’en concert. Quand tu es en studio, tu commences à créer quelque chose de nouveau.  Ce sont les premiers stades, là où les chansons, et tout le reste, n’ont pas encore eu l’occasion de se développer. C’est pour ça que les meilleurs titres dans lesquels j’ai été impliqué, ce sont ceux en live.

Helen : Parlons des chansons que vous avez composées. Pouvez-vous nous dire laquelle est votre préférée parmi celles-ci ?

Alan : Difficile à dire, en fait. Là encore, c’est plutôt les trucs live, je pense.

Paul : En partant de là… juste comme ça… avec des titres comme « Who Asked You » et « Blue Eyed Lady »… je ne crois pas que vous ayez jamais joué Blue Eyed Lady en concert ?

Alan : Non, je ne crois pas. Les meilleurs titres, en général, c’étaient ceux que le groupe écrivait ensemble. Blue-Eyed Lady marque un ‘tournant’ parce que c’était Rick et moi qui écrivions jusque là, mais après il a changé d’avis et il s’est mis à écrire avec Bob Young. Je ne sais pas pourquoi son nom a fini par figurer sur Blue Eyed Lady. Celle-là, je l’ai écrite en Australie, c’est assez marrant, quand j’ai rencontré Dayle (Alan rit). J’aime bien le solo sur Blue Eyed Lady. C’est un bon truc à jouer.

La performance a toujours primé pour nous, par rapport à la chanson proprement dite, et c’est ce qui nous différenciait de la plupart des groupes. En majorité, les interprètes sont à la recherche de bonnes chansons. Nous, on ne cherchait pas vraiment de bonnes chansons, mais plutôt des titres qui s'intègrent bien à notre performance. On faisait notre ‘truc’ rock et puis il y avait Bob Young, dans son coin, qui écrivait des paroles, vous savez, et on se disait… oh, il écrit des paroles. Et c’est parti.

Au tout début, on était essentiellement un groupe rock, mais quand Pictures of Matchstick Men est devenu un ‘tube’, on s’est tournés vers un style plus hippy, le genre d’image à la « Flower Power ». Toutefois, ce n’était pas ça le style de musique qu’on jouait sur scène à cette époque. On enregistrait ce type de musique parce que les éditeurs nous poussaient à accepter des chansons comme ça. Enregistrez ce titre, jouez ce titre, etc... Ça nous prenait un temps infini pour les arranger,

essayer de les faire fonctionner. Les premiers trucs sous le label Pye, ce n’était pas notre style, mais on les a faits pour enregistrer. La pop, ça ne fonctionnait pas pour nous sur scène. On ne se sentait pas à l’aise avec ça. 

Le téléphone sonne…

Alan : Je vois que ça s’annonce comme une longue interview…

Nous nous sommes arrêtés là. Alan a dû partir, mais il a eu la gentillesse de nous accorder une autre interview le mercredi 27 février chez un ami, et au bout du compte nous avons pu enregistrer deux fois plus que ce que nous avions déjà fait le samedi .

 

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Francis Rossi aka Frame or the Gomor Rick Parfitt aka The Womor Alan Lancaster aka "Nuff" John Coghlan aka "Spud" Roy Lynes Andrew Bown Pete Kircher Matt Letley John "Rhino" Edwards Jeff Rich Bob Young Leon Cave the new boy 2013 Paul Hirsh